Sommet France-Italie de Naples : les scénarios possibles

Le jeudi 27 février se tiendra à Naples le sommet entre l’Italie et la France. Il s’agit d’une bonne occasion pour nourrir les relations entre les deux pays après des années qui n’ont pas été toujours faciles. A cette occasion, les discussions seront concentrées sur la reprise du Traité du Quirinal. Mais il y a bien plus. En effet, les relations entre les deux pays pourraient conditionner la géopolitique européenne et internationale. Dans cet article, nous essayons d’analyser les possibles scénarios.

Il est fort probable que le sommet Franco-Italien de Naples de jeudi n’aura pas pour seul argument celui de la reprise du Traité du Quirinal. Il est vrai que pour une série de malentendus entre Paris et Rome, la relation entre les deux pays s’est lentement usée, mais le problème le plus grave reste aujourd’hui la scène internationale très incertaine et le spectre d’une nouvelle crise économique. On peut donc envisager que des questions telles que la coopération sur le budget européen, l’économie verte, la crise libyenne, le Brexit et l’état de l’Alliance Atlantique – dans laquelle la France et l’Italie ont un poids spécifique fort- seront également traitées.

Le Traité du Quirinal

Le Traité du Quirinal aura une place très importante au cours de ce sommet, vu le but de rapprocher deux pays dont les relations institutionnelles sont pratiquement absentes depuis 2017. L’idée du Traité du Quirinal est née en 2017, lorsque Paolo Gentiloni et Emmanuel Macron, suite au sommet bilatéral de Lyon, ont décidé de concevoir un instrument juridique pour consolider les relations bilatérales entre les deux pays, relations qui ont toujours été au fil de l’histoire fluctuantes et peu stables.

L’idée était de mettre en place une coopération renforcée et en particulier de fournir une feuille de route commune et systématique sur une série de questions bilatérales dans lesquelles l’Italie et la France ont des intérêts communs. Le projet a cependant subi une freinée en 2018, notamment avec le nouveau gouvernement Lega-M5S. A partir de ce moment, l’idée d’une coopération plus attentive aux intérêts communs a disparu. Le sommet de Naples sera certainement une bonne occasion de relancer le projet, grâce au nouveau paysage politique italien et en particulier au gouvernement Conte Bis, soutenu par le Parti Démocrate, qui a pris la place de la Ligue suite à la crise du gouvernement débutée en août 2019.

L’objectif du Traité de Quirinal est simple mais ambitieux : établir un axe privilégié entre l’Italie et la France, axe qui pourrait être particulièrement utile pour équilibrer les géométries européennes.

Le dialogue franco-italien : un moyen pour équilibrer les géométries européennes

Ce n’est pas un mystère : la France et l’Italie ont subi l’hégémonie allemande au sein de l’Union européenne. L’Allemagne elle-même, qui a dicté aux pays membres (et pire encore, aux pays fondateurs) les paramètres à respecter et le modèle économique à adopter, est aujourd’hui victime de son propre système économique et est affaiblie par le ralentissement économique et par la crise profonde de la Direction de la CDU et d’Angela Merkel.

Ce scénario pourrait être propice pour équilibrer les géométries européennes. Au sein de l’Union européenne, l’Italie et la France ont de nombreux intérêts communs, et stratégiquement, les deux pays auraient tout intérêt à collaborer : Fonds européen de stabilité financière (FESF), élargissement à l’est de l’Union européenne … Sur ces questions -et sur d’autres aussi, notamment en matière de droits sociaux – l’Allemagne (et les pays de l’Est qui la soutiennent) ont des intérêts différents et souvent en concurrence avec les intérêts franco-italiens. Il serait donc stratégiquement préférable créer un pôle pour compenser la puissance de l’Allemagne.

Dans le même temps, le Brexit – malgré ses aspects négatifs – peut également être interprété par la France et l’Italie comme une nouvelle opportunité pour l’intégration européenne. La vraie intégration politique européenne, et non pas la simple intégration économique à l’allemande. Ce nouvel axe pourrait conférer un nouveau positionnement aux deux pays et réussir ainsi à endiguer l’ancienne politique européenne à traction allemande, fortement centrée sur le marché unique et très peu attentive à l’Union Politique et Sociale.

Le nœud de l’Alliance Atlantique

La question atlantique sera très probablement abordée lors du sommet. Il n’y a pas longtemps, Macron avait insisté sur « la mort cérébrale de l’OTAN ». L’Italie pourrait jouer un rôle décisif dans les relations transatlantiques. Dans une Europe sans le Royaume-Uni et avec une Allemagne très faible, l’Italie est paradoxalement le seul pays qui puisse rééquilibrer et calmer les relations entre l’UE et l’OTAN. Pour cela, un minutieux travail de diplomatie doit être accompli, dans le but de toujours garder une perspective européenne, sans tomber dans l’erreur de la France qui depuis un an ne cesse de chercher la confrontation avec les membres de l’OTAN et en particulier les États-Unis.

Mais d’un point de vue européen, il ne peut y avoir une Union Européenne militaire forte sans le soutien de l’OTAN. Bien sûr, l’Italie a déjà démontré par le passé qu’elle est capable d’apaiser les conflits diplomatiques internationaux, mais pour ce faire, elle doit sortir de l’isolement politique dans lequel elle se trouve depuis 2018. Et le sommet de Naples peut être une bonne occasion.

Daisy Boscolo Marchi

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