L’Europe des cigales secoue l’Eurogroupe : 540 milliards d’euros pour la crise du coronavirus. Mais l’union politique n’est pas encore au rendez-vous

L’axe franco-italien a porté ses fruits, au moins en partie. La bataille pour les Eurobonds était perdue dès le départ, car il n’existe pas une Union Politique au sein de l’UE. Mais le plan européen est solide : 540 milliards d’euros pour l’urgence du Coronavirus et plus de 500 milliards d’euros prévus pour l’après-urgence pour financer la reprise économique. Globalement, l’Union européenne alloue plus d’un millier de milliards pour atténuer les effets de la crise économique qui affectera les pays les plus touchés au cours des prochains mois.

Remblai nécessaire contre les anti-européens

Les anti-européens ont certainement profité politiquement de l’indécision de la gouvernance européenne au début de la pandémie. Au cours des premières semaines, Von Der Leyen et La Garde se sont montrées inadéquates, tant sur le plan politique que sur celui gouvernemental. Grâce à l’écho négatif de leurs interventions au début de la pandémie, l’Union européenne a tenté de se remettre sur les rails et de réagir avec un plan extraordinaire. Malgré cela, la question cruciale du sort de l’Europe demeure : Union Politique ou simple structure économique ? Tôt ou tard, les Pays Membres devront trouver le courage de donner une réponse définitive à cette question.

Le contenu de l’accord de l’Eurogroupe

A – MES : 240 milliards avec une conditionnalité légère

Il s’agit du fonds actif depuis juillet 2012. Sa capacité est supérieure à 650 milliards d’euros, y compris les fonds restants du fonds temporaire européen, soit 250-300 milliards. Les partis eurosceptiques – en particulier les Italiens – l’ont critiqué précisément pour le fait que les règles générales du MES exigent des conditions particulièrement dures pour pouvoir débloquer des financements. Cependant, il faut être clair et admettre que l’Eurogroupe a fait un énorme pas en avant en accordant ce que nous appelons un « MES light ». Ce qui change par rapport au MES du 2012, c’est que les prêts ne seront accordés que pour faire face à la crise sanitaire et que les fonds peuvent donc être dépensés uniquement et exclusivement pour des interventions dans le secteur de la santé. Il s’agit essentiellement d’une ligne de liquidité à hauteur de 2% du PIB, qui permettrait à l’Italie (le pays pour l’instant le plus à risque) d’atteindre environ 35 milliards d’euros et pour la France 50 milliards. 

B – Bei : 200 milliards de liquidités

La Banque européenne des investissements créera un fonds de garantie paneuropéen de 25 milliards d’euros qui pourra soutenir jusqu’à 200 milliards d’euros de financement pour les entreprises, en mettant l’accent sur les PME qui sont, sans aucun doute, les acteurs principaux du tissu économique européen. La BEI s’est engagée à rendre sa proposition opérationnelle dans les meilleurs délais, tout en assurant la complémentarité avec les autres initiatives de l’UE et le futur programme Invest EU. Cette initiative représente une contribution importante au maintien de conditions de concurrence équitables pour le marché unique à la lumière des régimes de soutien nationaux.

C – Sure : 100 milliards pour le chômage 

D’un point de vue politique, il s’agit d’une mesure très importante, car elle dépasse le champ purement économique pour entrer dans le social. Pour la durée de l’urgence, un instrument temporaire d’aide financière est mis en place et trouve sa base juridique à l’article 122 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Il s’agit d’un soutien temporaire accordé aux États membres pour protéger l’emploi dans les circonstances d’urgence spécifiques de la crise COVID-19. L’idée est d’accorder des prêts à des conditions favorables aux États membres, pour un maximum de 100 milliards d’euros. L’outil devrait principalement servir à protéger les travailleurs et l’emploi, tout en respectant les compétences nationales dans le domaine des systèmes de sécurité sociale.

L’Union européenne toujours en otage de l’orthodoxie de la rigueur

L’Union européenne ne peut pas continuer à se sauver in extremis. La narration des pays « cigales » qui payent pour les pays « fourmis » doit cesser. La Hollande et l’Allemagne ont certes pu contenir leur dette publique, mais il est curieux que les admirateurs de ces pays n’aient pas l’honnêteté intellectuelle de décrire l’ensemble du système de ces deux pays. La Hollande et l’Allemagne ont très peu de leçons à donner aux pays membres de l’Union européenne : la Hollande est le premier paradis fiscal en Europe, avec tous les problèmes de dumping fiscal qui s’ensuivent. Quant à l’Allemagne, pour la 5e année consécutive, la Deutsche Bank a clôturé 2019 avec une perte de 5,7 milliards de dollars, soit 82% de sa valeur. L’Allemagne a depuis des années un excédent commercial supérieur au seuil indiqué par la Commission européenne comme « signal d’alarme » pour un déséquilibre macroéconomique, ce qui a causé de graves problèmes, non seulement à niveau européen, mais aussi à l’international. L’Union européenne est aujourd’hui victime de l’orthodoxie de la rigueur qui a inspiré les Traités Européens actuels, en imposant de maintenir un déficit budgétaire faible et en ralentissant durablement la croissance de la zone euro par rapport à la Chine et aux États-Unis. En 2019, les effets de l’austérité se sont avérés pleinement : la croissance allemande qui a été négative au 2ème trimestre (- 0,1% par rapport au trimestre précédent) et l’industrie automobile a enregistré une baisse de production de – 11 % au cours des huit premiers mois de l’année. Pour aggraver les choses, la pandémie de COVID-19 a toutes les cartes en main pour provoquer la crise économique et sanitaire la plus grave de l’après-guerre.

L’Italie et la France ont un rôle commun dans la relance de l’unité politique dans l’Union européenne

L’austérité et la rigueur allemande tueront l’Union européenne. L’Italie et la France doivent mettre de côté leurs hostilités et relancer le projet politique européen. Il faudra utiliser toutes les armes nécessaires – même les plus extrêmes – pour conjurer la crise sociale et politique après l’inévitable crise économique : les chefs d’État doivent avoir le courage de faire ce que le général De Gaulle a fait à son temps. Si nécessaire, abandonner tous les sommets européens jusqu’à ce que l’Allemagne et la Hollande décident de prendre en compte les intérêts de tous les États membres et d’aller au-delà de la simple construction économique. 

Daisy Boscolo Marchi

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